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LA ZLECAF : UNE MENACE EXISTENTIELLE POUR LES PME CONGOLAISES

4 juin
20 min de lecture


Résumé :


Le commerce intra-africain est un moteur important pour la diversification économique du continent. Les PME africaines sont au centre de ce commerce et y jouent un rôle très capital, constituant ainsi l’épine dorsale de cette économie et représentant plus de 90 % des entreprises et employant environ 60 % des travailleurs. Le commerce transfrontalier africain ne représente actuellement que 14,4 % du total des exportations africaines. La création de ce vaste marché régional constitue une occasion à saisir par les pays africains pour diversifier leurs exportations, accélérer leur croissance et attirer les investissements directs étrangers. D’où la mise en place de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, souvent présentée comme une solution miracle pour le continent. Ainsi, les PME congolaises disposent-elles aujourd’hui du niveau de compétitivité nécessaire pour affronter la pression concurrentielle induite par la ZLECAF ? La ZLECAF constitue-t-elle une menace existentielle pour les PME congolaises au regard de leur fragilité actuelle ? Le Congo dispose-t-il des systèmes de qualité, de normalisation et de labellisation nécessaires pour permettre à ses PME de se conformer aux exigences du marché continental ? Nous pouvons retenir de cette étude : (1) les PME congolaises ne sont pas prêtes à supporter l’intensité concurrentielle liée à la ZLECAF, (2) la ZLECAF pourrait porter un coup très fatal aux entrepreneurs congolais vue leur situation actuelle et inhiber le peu d’efforts consentis par le gouvernement et les organisations de la sous-région Afrique centrale, (3) il faudra encore du temps, des moyens financiers suffisants et de la volonté politique aux autorités congolaises pour opérationnaliser la ZLECAF, (4) le Congo ne dispose pas encore des systèmes de qualité, de normalisation et de labellisation efficaces nécessaires pour préparer ses PME à la ZLECAF.


Mots clés : PME congolaise, ZLECAF, Congo Brazzaville, commerce intra africain


La ZLECAF ouvre un marché de plus d'un milliard de consommateurs africains, mais les PME congolaises sont-elles prêtes à relever le défi ?

Introduction :


La Zone de Libre Echange Continent Africaine représente une opportunité significative pour   les Petites et Moyennes Entreprises africaines, dans ce sens qu’il pourrait favoriser leur intégration dans le commerce continental et renforcer leur capacité à concurrencer sur le marché mondial. Les PME congolaises devraient également tirer profits de cet espace et booster leur dynamisme interne pour mieux répondre aux enjeux de diversifications économiques pour une économie forte et résilient, comme le souligne le Plan National de Développement (PND)2022-2026. La ZLECAF représente en ce jour la plus grande zone économique de libre échange au monde avec 54 pays et un marché estimé à 1, 3 Millard de dollar américain par année (Hod Anyigba, Ph.D 2025). Le commerce intra-frontalier africain repose largement sur les Petites et Moyennes Entreprises, qui constituent un segment essentiel du portefeuille d’exportations du continent. Le commerce intra-africain est un levier majeur de diversification économique, car la demande croissante de produits industriels et transformés, combinée à l’élimination progressive des droits de douane et autres obstacles, peut stimuler les capacités de fabrication des pays africains. Malgré ce rôle stratégique, le commerce intra-africain ne représente actuellement que 14,4 % du total des exportations du continent (OKWATCH, janvier 2023). Pour renforcer ce commerce et accroître les exportations continentales, la majorité des pays africains ont signé, le 21 mars 2018, l’accord instituant la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF). Cet ambitieux accord vise à transformer le continent en un vaste marché intégré, permettant aux PME d’accéder à davantage de débouchés sans barrières douanières.


Cependant, les entités sous régionales au sein de l’espace africain n’évoluent pas au même niveau en matière d’infrastructures, de développement industriel, de connectivité numérique ou de logistique. En Afrique centrale on note un déficit d’infrastructure de 38 milliards de Dollar américain par an et ne contribue qu’à la hauteur de 6% en matière des lacune d’infrastructures et de gouvernance, ce qui entrave largement les flux commerciaux (Hod Anyigba, Ph.D 2025). Les performances et la compétitivité des PME varient également fortement d’un pays à l’autre. Les coûts élevés de la logistique et de la connectivité numérique entravent également les PME qui se trouvent dans les zones peu desservies. Dans ce contexte, la relation entre la ZLECAF et les PME congolaises revêt une dimension existentielle, tant les exigences du marché continental risquent de mettre en lumière leurs fragilités structurelles.


Ainsi, les Petites et Moyennes Entreprises congolaises, acteurs essentiels de l’implémentation de la ZLECAF, sont-elles réellement prêtes à affronter l’intensité concurrentielle des autres PME africaines dans un espace sans barrières douanières ? La ZLECAF constitue-t-elle une menace existentielle pour les PME congolaises au regard de leur situation actuelle ? Le Congo dispose-t-il des systèmes de qualité, de normalisation et de labellisation nécessaires pour permettre à ses PME de se conformer aux exigences du marché continental ?


Six (06) parties essentielles constituent l’ossature de ce travail. La première partie est consacrée à la situation structurelle des PME congolaises à l’aube de la ZLECAF. La deuxième présente les bienfaits potentiels de la ZLECAF pour les PME congolaises. La troisième aborde la revue de la littérature. La quatrième expose la méthodologie adoptée. La cinquième présente les résultats de l’étude et la dernière partie analyse et interprète ces résultats.


Les PME représentent plus de 90 % des entreprises africaines et constituent le principal moteur de création d'emplois sur le continent.


1 : Situation structurelle des PME congolaises à l’aube de la ZLECAF


Les PME jouent un rôle déterminant dans l’emploi en République du Congo. Elles représentent 79,2 % des emplois formels et contribuent à 55,2 % des emplois globaux créés. Parmi ces emplois, 79,9 % sont permanents contre 20,1 % temporaires, traduisant une forte capacité de stabilisation des parcours professionnels (Institut National de la Statistique, 2023). Bien qu’elles constituent le socle de l’économie congolaise et bénéficient de perspectives favorables, les PME congolaises sont confrontées à des défis majeurs qui freinent leur croissance et limitent leur compétitivité nationale et sous-régionale.


Parmi ces contraintes, la fragilité financière demeure la plus déterminante. Les banques exigent des garanties élevées, appliquent des taux d’intérêt importants et privilégient les crédits de court terme. Comme le souligne Fulness Mandondo (2010), « 70 % des financements sont à court terme […] et moins de 2 % ont une échéance supérieure à 10 ans ». Cette situation empêche les PME d’investir, de moderniser leurs équipements ou d’accroître leur capacité de production. Face à ces obstacles, les entrepreneurs se tournent vers les tontines, les microfinances ou le FIGA, encore sous-dimensionné. Comparé au Sénégal, dont le FONGIP dispose d’un fonds trois fois supérieur, le Congo reste en retrait dans le soutien financier aux PME (Brejnev BOKO, 2026). L’absence de banques spécialisées accentue cette vulnérabilité. Les contraintes liées au management et aux nouvelles technologies constituent un autre frein majeur. La majorité des promoteurs manquent de compétences en gestion financière, comptabilité, marketing, gestion des stocks, planification stratégique et gestion des risques. Beaucoup adoptent « un style de gestion fondé sur des essais et des erreurs ». Cette faiblesse managériale entraîne une mauvaise allocation des ressources, une incapacité à monter des dossiers bancables et une faible gouvernance interne (Brejnev BOKO, 2026). Olivier Torres, cité par DJEMBO, identifie la mauvaise gestion comme une cause principale des difficultés rencontrées par les PME. À cela s’ajoute un retard technologique important : absence d’accès à Internet haut débit, équipements informatiques insuffisants, infrastructures numériques limitées. Le poids du secteur informel constitue également un obstacle majeur. Sur les 91 000 unités économiques recensées, 93,4 % relèvent de l’informel (Ministère du Plan, 2023). Ce secteur représente 54,4 % de l’emploi national, principalement dans le tertiaire. Bien qu’il joue un rôle social, il freine la compétitivité globale, échappe à la fiscalité et crée une concurrence déloyale pour les PME formalisées (Brejnev BOKO, 2026). Les données nationales confirment que la fiscalité constitue le principal obstacle déclaré par les PME. Une micro-enquête menée en 2024 montre que la pression fiscale, la complexité administrative et le manque d’incitations expliquent la réticence à la formalisation. Les contraintes liées aux matières premières et aux emballages aggravent cette situation. L’absence d’économies d’échelle entraîne des coûts de production élevés, limitant la compétitivité. Les emballages ne sont pas produits localement et doivent être importés, ce qui renchérit les coûts et ralentit la production. Les Assises Nationales de l’Entrepreneuriat du Congo (2022) ont identifié ce problème comme l’un des plus critiques. Les contraintes liées à la qualité, à la normalisation et à la certification constituent un autre défi majeur. L’absence de certification affaiblit la confiance des consommateurs, limite l’accès aux financements et réduit la compétitivité des produits « made in Congo ». L’ACONOQ rappelle régulièrement la nécessité d’intégrer la normalisation et la labellisation dans les processus de production. Dans la perspective de la ZLECAF, ces enjeux deviennent cruciaux : l’accord exigera des produits conformes aux standards régionaux, ce qui pourrait exclure les PME insuffisamment préparées. Les contraintes structurelles liées au manque d’énergie et aux infrastructures routières aggravent encore la situation.


Les interruptions fréquentes d’électricité entraînent des pertes de produits et perturbent les opérations quotidiennes. Les routes inadéquates augmentent les coûts logistiques et limitent l’accès aux marchés. Enfin, les contraintes administratives et la corruption demeurent des obstacles majeurs. Malgré les avancées du Guichet Unique de l’ACPCE, la gouvernance administrative reste fragile. Le Congo se situe au 47ᵉ rang africain sur 54 dans le classement Doing Business 2023. Une hausse de 1 % de la corruption réduit significativement la croissance, avec un effet trois fois supérieur à celui d’une augmentation équivalente de la fiscalité.


L’ensemble de ces contraintes révèle que les PME congolaises évoluent dans un écosystème structurellement très défavorable. Dans un tel contexte, l’entrée dans la ZLECAF représente moins une opportunité immédiate qu’un risque majeur de marginalisation, tant les entreprises locales apparaissent insuffisamment préparées aux exigences de qualité, de productivité et de gouvernance du marché continental.

Les PME congolaises ont, depuis des décennies, été reléguées au second plan, marginalisées au cœur même de leur propre économie. Les politiques publiques successives n’ont pas du tout pris la pleine mesure de l’enjeu stratégique que représente ce secteur. Aucun gouvernement n’a su élaborer une vision claire en pratique, ni surtout mobiliser les moyens nécessaires pour transformer les PME en un véritable levier de compétitivité nationale. Aucune stratégie cohérente productive n’a été mise en place pour renforcer leur capacité productive, améliorer leur gouvernance, moderniser leurs outils, allouer les budgets d’investissements conséquents ou les préparer à affronter la concurrence des autres PME de la CEMAC, et encore moins celles de la ZLECAF. Alors qu’elles devraient constituer la colonne vertébrale de l’économie congolaise, les PME locales demeurent paradoxalement traitées comme un simple décor institutionnel : célébrées dans les discours officiels, mais abandonnées dans la réalité. Cette négligence chronique, presque structurelle, contraste violemment avec l’exemple de pays comme le Sénégal, où des entreprises telles que SENICO ont pu conquérir l’Afrique de l’Ouest grâce à une vision industrielle assumée, un accompagnement étatique structuré et une politique économique cohérente.


Sans réformes profondes pour renforcer les capacités internes des PME et assainir leur environnement économique, la ZLECAF pourrait devenir une véritable menace existentielle pour une grande partie d’entre elles. Cette situation impose une réorientation stratégique urgente afin d’éviter une exclusion annoncée et de permettre aux PME congolaises de tirer pleinement parti de l’intégration africaine.




La ZLECAF constitue aujourd'hui le plus vaste espace de libre-échange au monde en nombre de pays participants.


2 : Bref rappel sur la ZLECAF


La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) représente un tournant historique pour l’intégration économique en Afrique. Adoptée en 2018 et mise en vigueur le 30 mai 2019, elle vise la création d’un marché unique pour les biens et services entre les 54 pays membres de l’Union africaine, englobant une population d’environ 1,3 milliard de personnes (Observatoire de la Francophonie Économique, 2025). Cette initiative constitue la plus grande zone de libre-échange au monde en termes de pays participants, avec un potentiel économique immense, affichant un PIB combiné d’environ 3,4 billions de dollars américains selon la CNUCED (2021). La ZLECAF prévoit la suppression de 90 % des droits de douane, facilitant ainsi la circulation des biens et services et renforçant la compétitivité des entreprises africaines sur le marché continental.


La mise en œuvre de la ZLECAF repose sur cinq instruments opérationnels : (1) les règles d’origine, qui définissent le niveau minimal de transformation locale d’un produit, (2) le portail de négociation tarifaire en ligne, qui facilite l’harmonisation des données et la soumission des offres tarifaires, (3) le mécanisme des obstacles non tarifaires (ONT), permettant de signaler et de résoudre les entraves au commerce (4) le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), qui facilite les transactions en monnaies locales, (5) l’Observatoire africain du commerce, chargé de collecter et d’analyser les données du commerce intra-africain. Un Secrétariat dédié, placé sous l’égide de l’Union Africaine, coordonne l’ensemble du processus.


Cependant, appréhender la ZLECAF uniquement comme une opportunité majeure pour les PME africaines, sans procéder à une analyse critique, constitue une erreur stratégique que beaucoup de congolais risquent de commettre. Au-delà des objectifs annoncés de façon ambitieuse, plusieurs défis importants subsistent, notamment les inégalités dans la répartition des bénéfices économiques entre les différentes régions et populations (Observatoire de la Francophonie Économique, 2025). Dans les zones rurales et moins industrialisées, l’accès limité aux infrastructures, au financement et aux technologies numériques freine la participation effective à ce marché unique. Bien que la ZLECAF vise à favoriser l’émergence d’un marché commercial unifié de 1,27 milliard de personnes, la distribution des avantages reste inégale, et les petites économies ainsi que les entreprises locales peinent à tirer parti de l’abolition des barrières douanières (UNECA, 2020). Cette situation pourrait aggraver les inégalités économiques et compromettre l’objectif d’un développement réellement inclusif.


Pour les Petites et Moyennes Entreprises africaines, la ZLECAF représente une opportunité majeure d’accès à un marché élargi, de réduction des coûts de production grâce à l’achat facilité de matières premières africaines et d’augmentation des revenus via une demande continentale accrue. Toutefois, leur compétitivité dépendra de leur capacité à améliorer la qualité, la normalisation, la labellisation, la productivité et l’accès au financement. Sans ces prérequis, les PME risquent de ne pas profiter pleinement des avantages du marché continental.


Face à ces enjeux cruciaux pour l’avenir des PME congolaises, un questionnement s’impose de manière pratique et factuelle : comment la ZLECAF pourrait-elle inclure efficacement les PME congolaises, déjà vulnérables et affaiblies tant au niveau local que dans la sous-région Afrique centrale, en raison de contraintes structurelles et organisationnelles, afin de garantir un développement réellement inclusif et durable, tout en évitant qu’elles ne soient phagocytées par des PME d’autres pays africains,  plus dynamiques et plus compétitives ?


3 : Revue de la littérature


Il existe une littérature abondante sur les PME africaines et la ZLECAF. GONZALEZ (2014) rappelle que « les Petites et Moyennes Entreprises constituent les moteurs de l’économie du monde entier et représentent au moins 95 % de toutes les entreprises mondiales ». Brejnev BOKO (2026) souligne qu’en Afrique, elles représentent plus de 90 % des entreprises et près de 60 % des emplois, confirmant leur rôle essentiel dans la diversification et la résilience économique.


Le commerce intra et transfrontalier africain demeure faible : il « ne représente actuellement que 14,4 % du total des exportations africaines » (OKWATCH, 2023). La ZLECAF apparaît dans la littérature comme un levier majeur pour inverser cette tendance. Selon la Banque Mondiale (2020), elle pourrait créer un marché unique continental, stimuler la production locale et restructurer les économies africaines. Caroline Freund estime d’ailleurs que ce marché intégré pourrait « restructurer les économies africaines ».


Toutefois, plusieurs auteurs soulignent les fortes disparités structurelles entre pays africains. Célestin MONGA (2019) insiste sur le fait que « tous les pays africains n’évoluent pas au même niveau d’infrastructures, de développement industriel, de capacités institutionnelles ou d’assistance technique », ce qui expose les économies les plus fragiles à une concurrence déséquilibrée dans un marché continental ouvert. NWUKE (2022) avertit également que la ZLECAF pourrait devenir un « cheval de Troie » permettant à des acteurs extérieurs d’exploiter les pays les moins préparés.


La littérature met aussi en avant les exigences qualitatives et institutionnelles de la ZLECAF. La Banque Mondiale (2020) souligne la nécessité de moderniser les réglementations, de réduire les coûts commerciaux et de renforcer les systèmes de qualité et de labellisation. Les travaux récents montrent que les pays dépourvus de normes, de capacités productives et d’infrastructures adéquates risquent d’être marginalisés. Brejnev BOKO (2026) rappelle que « la ZLECAF devrait vraisemblablement poser le problème indispensable de la qualité des produits, de la norme et de la labellisation pour les PME africaines et particulièrement congolaises, qui connaissent encore des organisations très précaires dans la mise en place de ces infrastructures ».


Ainsi, la littérature converge sur une idée clé : la ZLECAF constitue une opportunité majeure, mais elle peut accentuer les vulnérabilités des pays dont les PME ne disposent pas des capacités nécessaires pour affronter la concurrence continentale (Collier, 2010, Boko, 2026,)


4 : Méthodologie


Pour mener à bien cette étude, nous avons adopté une méthode mixte combinant analyse documentaire, observation directe et entretiens semi-directifs. Ce choix méthodologique se justifie par la nature multisectorielle du sujet : la ZLECAF mobilise à la fois des enjeux institutionnels, économiques et sociaux, nécessitant un croisement des sources pour en saisir les implications réelles sur les PME congolaises. L’analyse documentaire a porté sur les principaux textes officiels relatifs aux PME et à la ZLECAF, notamment ceux du Ministère des Petites et Moyennes Entreprises et de l’Artisanat ainsi que les documents provenant du Ministère du Commerce et des Approvisionnements durant l’année 2024. Ce travail a permis d’identifier les contraintes structurelles du tissu entrepreneurial congolais et les exigences de compétitivité imposées par l’intégration continentale. En parallèle, nous avons menés et réalisé des observations de terrain et des entretiens semi-directifs auprès d’acteurs clés de l’écosystème entrepreneurial (administrations publiques, opérateurs économiques, organisations professionnelles). Ces entretiens, menés auprès de cadres, agents techniques et experts impliqués dans les réunions officielles, les forums thématiques et les missions de haut niveau sur l’implémentation de la ZLECAF à l’horizon 2030, avaient pour objectif de confronter les données documentaires aux perceptions et expériences des acteurs directement engagés dans le processus. Les participants ont été sélectionnés en raison de leur rôle stratégique dans la mise en œuvre de la ZLECAF et de leur connaissance des réalités des PME congolaises. L’ensemble de ces méthodes, conduites simultanément sur une période de sept mois en 2024, a permis de trianguler les informations recueillies et d’obtenir une compréhension fine des vulnérabilités des PME congolaises face à l’ouverture des marchés africains. Cette démarche a également permis d’identifier les facteurs susceptibles de transformer la ZLECAF en une menace existentielle pour la survie des PME nationales. Toutefois, l’étude reconnaît certaines limites, notamment l’accès restreint à certaines données officielles, les biais possibles liés aux discours institutionnels et l’insuffisance de données quantitatives récentes sur la performance réelle des PME congolaises.


5 : Présentation, Analyse et Interprétation des Résultats

5 .1 : Présentation des résultats


A travers cette étude, nous avons voulu savoir si les PME congolaises étaient prêtes faire leur entrée dans la ZLECAF ou à en tirer pleinement profit d’ici 2030, date à laquelle le Congo fera son entrée officielle. Les résultats révèlent un ensemble de contraintes multidimensionnelles qui affectent simultanément la performance, la compétitivité et la résilience des PME congolaises. Ces contraintes se manifestent à travers :  un accès au financement structurellement limité, une faible capacité managériale et organisationnelle, souvent à l’origine des échecs des dossiers bancaires, une dépendance quasi totale aux intrants et emballages importés, une absence de normalisation, de certification et de labellisation, un secteur informel hyper dominant (93,4 %), une pression fiscale et parafiscale disproportionnée, une corruption systémique, un retard technologique et numérique persistant.

Ces résultats montrent que les PME congolaises évoluent dans un environnement où les contraintes ne sont pas ponctuelles, mais structurelles et systémiques.


5.2 : Analyse des résultats


Cette étude montre que les contraintes identifiées entretiennent un lien de causalité cumulatif entre elles : elles ne s’additionnent pas, mais se renforcent mutuellement. Ce mécanisme produit un cercle vicieux de faible productivité et de vulnérabilité économique, comparable à un système d’engrenage où chaque segment du système entraîne le suivant, amplifiant progressivement les fragilités initiales et rendant l’ensemble du tissu entrepreneurial de plus en plus vulnérable. Le faible niveau de financement constitue un frein majeur à l’investissement productif, maintenant les PME dans un état de faible compétitivité et de faible valeur ajoutée. À cela s’ajoute la faiblesse des compétences managériales : de nombreux dirigeants peinent à structurer des projets solides, à élaborer des dossiers bancables, à optimiser les coûts ou à se conformer aux standards de qualité, de normalisation et de labellisation. L’absence d’économies d’échelle et la non-constitution de pôles d’entrepreneurs capables de mutualiser leurs moyens renforcent la dépendance aux importations, renchérissent les coûts de production et réduisent la compétitivité des PME locales. Pour échapper à une fiscalité jugée lourde et peu incitative, une grande partie des acteurs économiques se réfugie dans l’informel. Cette situation crée une concurrence déloyale qui fragilise les PME formalisées, soumises à des charges administratives, légales et financières plus élevées. Enfin, l’absence de normalisation et de dispositifs de qualité empêche les entreprises d’accéder aux marchés régionaux, en particulier dans le cadre de la ZLECAF, où la conformité aux standards continentaux constitue un prérequis incontournable.


Ces résultats montrent que les PME congolaises sont enfermées dans un système où les contraintes structurelles limitent leur capacité à se moderniser, à se formaliser et à se projeter dans un marché continental compétitif.



L'accès au marché continental exigera des normes de qualité, de traçabilité et de certification de plus en plus strictes.


5.2 : Analyse des résultats

Cette étude montre que les contraintes identifiées entretiennent un lien de causalité cumulatif entre elles : elles ne s’additionnent pas, mais se renforcent mutuellement. Ce mécanisme produit un cercle vicieux de faible productivité et de vulnérabilité économique, comparable à un système d’engrenage où chaque segment du système entraîne le suivant, amplifiant progressivement les fragilités initiales et rendant l’ensemble du tissu entrepreneurial de plus en plus vulnérable. Le faible niveau de financement constitue un frein majeur à l’investissement productif, maintenant les PME dans un état de faible compétitivité et de faible valeur ajoutée. À cela s’ajoute la faiblesse des compétences managériales : de nombreux dirigeants peinent à structurer des projets solides, à élaborer des dossiers bancables, à optimiser les coûts ou à se conformer aux standards de qualité, de normalisation et de labellisation. L’absence d’économies d’échelle et la non-constitution de pôles d’entrepreneurs capables de mutualiser leurs moyens renforcent la dépendance aux importations, renchérissent les coûts de production et réduisent la compétitivité des PME locales. Pour échapper à une fiscalité jugée lourde et peu incitative, une grande partie des acteurs économiques se réfugie dans l’informel. Cette situation crée une concurrence déloyale qui fragilise les PME formalisées, soumises à des charges administratives, légales et financières plus élevées. Enfin, l’absence de normalisation et de dispositifs de qualité empêche les entreprises d’accéder aux marchés régionaux, en particulier dans le cadre de la ZLECAF, où la conformité aux standards continentaux constitue un prérequis incontournable.


Ces résultats montrent que les PME congolaises sont enfermées dans un système où les contraintes structurelles limitent leur capacité à se moderniser, à se formaliser et à se projeter dans un marché continental compétitif.


Les PME congolaises pourraient se retrouver en concurrence directe avec des entreprises mieux financées, mieux équipées et davantage structurées



5.3 : Interprétation des résultats :


Les résultats obtenus montrent que les PME congolaises ne disposent pas, à ce stade, des bases nécessaires pour tirer pleinement profit des avantages de la ZLECAF et risquent de ne pas être prêtes d’ici 2030. Au regard de la situation actuelle de l’économie congolaise, marquée par les redressements du FMI, les crises économiques successives et les retombées négatives de la crise sanitaire de 2020, il apparaît difficile que le pays soit en mesure d’intégrer efficacement la ZLECAF.


La ZLECAF soulèvera inévitablement les questions de conformité aux normes, de qualité des produits, de la norme qualité, de politique des prix, de productivité, de réduction des tarifs douaniers, de gouvernance, d’innovation, de compétences managériales, ainsi que de disponibilité des infrastructures routières, énergétiques et numériques. Ces exigences contrastent fortement avec la réalité actuelle du tissu entrepreneurial congolais, fragilisé et très peu compétitif.


Ainsi, loin d’être une niche d’opportunités ou une vache à lait pour les PME congolaises fortement fragilisées en interne, la ZLECAF constituera un premier test de compétitivité particulièrement risqué pour ces dernières, qu’elles risquent de perdre. L’entrée dans cette zone de libre-échange pourrait accentuer la précarité et la perméabilité structurelle des PME congolaises, en les exposant à une intensité concurrentielle élevée de la part de PME d’autres pays mieux financées, mieux organisées et mieux préparées.


Sans réformes structurelles profondes, prioritaires et urgentes, la ZLECAF pourrait devenir une véritable menace existentielle pour les PME congolaises, non par manque de potentiel, mais par insuffisance de préparation systémique.


Pour réduire ces risques, le Congo devrait :


solutions proposées : formation des entrepreneurs ; digitalisation ; infrastructures ; financement ; industrialisation


1. Mettre en place un Programme National de Mise à Niveau des PME (PNMN-PME)

Objectif : élever rapidement le niveau de compétitivité des PME congolaises avant l’ouverture totale des frontières ZLECAF. Actions clés : Renforcer les capacités managériales et techniques des entrepreneurs, Accélérer la certification en normes, qualité, hygiène, traçabilité, Soutenir fortement la digitalisation, le e-commerce et les solutions de paiement en ligne.


2. Développer et moderniser les infrastructures productives et logistiques

Objectif : réduire les coûts, fiabiliser la production et fluidifier les échanges. Priorités : Routes et corridors stratégiques : Brazzaville–Pointe-Noire, corridors vers RDC et Gabon. Énergie : réduction drastique des coupures, fiabilisation du réseau, baisse du coût du kWh. Numérique : amélioration de la qualité d’Internet, indispensable au commerce et aux services des PME.


3. Développer les chaînes de valeur locales (intrants, emballages, matières premières)

Objectif : réduire la dépendance aux importations et les coûts de production. Axes prioritaires : Identifier les filières stratégiques : agro-industrie, transformation du bois, filières minières et halieutiques, Stimuler la production locale d’intrants, d’emballages et de matières premières.


4. Renforcer la gouvernance et le fonctionnement du FIGA

Objectif : transformer le FIGA en véritable instrument stratégique de financement de la compétitivité. Réformes nécessaires : Clarifier sa mission : garantie, cofinancement, partage de risques, Améliorer la transparence, les critères d’éligibilité et le suivi des projets, Orienter prioritairement les ressources vers les PME exportatrices ou intégrables dans les chaînes de valeur régionales.


5. Réduire la pression fiscale et parafiscale sur les PME

Objectif : libérer les marges d’investissement et d’innovation. Mesures proposées : Simplifier et stabiliser le régime fiscal des PME, Introduire une tarification progressive adaptée à la taille et au secteur, Accorder des exonérations ciblées selon des critères objectifs (innovation, export, formalisation…).


6. Réviser et réduire progressivement les tarifs douaniers sur les intrants essentiels

Objectif : aligner le Congo sur les exigences ZLECAF et réduire les coûts de production. Actions : Baisser les droits sur les intrants productifs : machines, matières premières, emballages, Harmoniser les tarifs avec ceux de la CEEAC pour éviter les distorsions régionales.


7. Mettre en place un programme structuré de formalisation du secteur informel

Objectif : aligner le Congo sur les exigences ZLECAF et réduire les coûts de production. Actions : Baisser les droits sur les intrants productifs : machines, matières premières, emballages, Harmoniser les tarifs avec ceux de la CEEAC pour éviter les distorsions régionales.


Le Congo doit simultanément renforcer la compétitivité interne, réduire les coûts structurels et moderniser ses institutions économiques pour éviter une marginalisation de ses PME dans la ZLECAF. Les réformes prioritaires concernent la mise à niveau des PME, les infrastructures, les chaînes de valeur locales et la gouvernance du financement. Sans ces transformations, la ZLECAF risque de devenir un marché ouvert aux importations plutôt qu’un levier de croissance nationale.


La ZLECAF peut devenir un levier de transformation économique pour le Congo à condition d'engager rapidement les réformes structurelles nécessaires à la compétitivité de ses PME.


Conclusion :


Cette étude avait pour objectif d’analyser en profondeur si la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF) pourrait dynamiser le secteur des Petites et Moyennes Entreprises congolaises et soutenir sa croissance, d’ici 2030. De l’ensemble des résultats, nous pouvons retenir : (1) les PME congolaises ne sont pas prêtes à affronter l’intensité concurrentielle liée à la ZLECAF ; (2) la ZLECAF, sans être alarmiste mais en restant factuelle, représente une menace majeure pour les entrepreneurs congolais au regard de leurs faiblesses structurelles et organisationnelles actuelles. Ce constat rejoint en partie le point de vue de l’économiste NWUKE (février 2022), qui estime que la ZLECAF pourrait devenir un « cheval de Troie » permettant à des acteurs extérieurs de pénétrer le continent via les pays les plus fragiles ou les plus opportunistes, et d’y exploiter les ressources ; (3) le Congo ne dispose pas encore d’un dispositif efficace et cohérent en matière de Qualité, de Normalisation et de Labellisation pour faciliter l’intégration de ses PME et leur permettre de tirer profit de la ZLECAF d’ici 2030 ; (4) il faudra encore du temps, des moyens financiers suffisants pour renforcer le financement des PME locales, un engagement politique réel pour mettre en place une politique nationale de la ZLECAF, réduire les coûts logistiques et les tarifs douaniers, digitaliser les services clés afin de supprimer les procédures administratives et judiciaires chronophages, et prioriser les secteurs porteurs (agribusiness, bois, etc.) pour opérationnaliser la ZLECAF.



Bibliographie :


Banque mondiale. (2020). Rapport sur les perspectives économiques de l’Afrique : Commerce, intégration et développement. Banque mondiale.


Brejnev Taurus BOKO NIEMET. (2026). Défis et perspectives de croissance des PME congolaises. Éditions Esibla.


Freund, C. (2020, Mars). Déclarations sur l’impact potentiel de la ZLECAF dans le cadre du pôle Commerce, investissement et compétitivité de la Banque mondiale.


Gonzalez, A. (2014). SMEs as engines of global economic growth. Global Economic Review.


OKWATCH. (2023, janvier). Analyse du commerce transfrontalier africain. Observatoire du commerce africain.


NWUKE, C. (2022, février). Risques systémiques de la ZLECAF pour les économies africaines fragiles. Journal of African Trade Policy.


Union Africaine. (2018). Accord portant création de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF).


ZLECAF Secrétariat. (2020). Instruments opérationnels de la ZLECAF : Règles d’origine, ONT, PAPSS, Observatoire africain du commerce. Secrétariat de la ZLECAF.


Monga, C. (2019). The Oxford Handbook of Africa and Economics. Oxford University Press.


Collier, P. (2010). Wars, Guns, and Votes: Democracy in Dangerous Places. Vintage Books.


GALOY GAKOSSO Lemoua (2008). La zone de libre-échange continentale africaine : une institution aux enjeux complexes, mémoire Pour l’obtention du diplôme de Master, Droit public, Université Marien NGOUABI, Brazzaville


Ministère du Plan, de la Statistique et de l’intégration sous régionale : Recensement Général des Entreprises du Congo, 2023


Ibrahima DOSSO, « Développement des Entreprises en Afrique Subsaharienne face aux Contraintes d’Environnement », Thèse présentée pour l’obtention du titre de Docteur en Sciences Économiques, Décembre 2020

 

Ministère des Petites et Moyennes Entreprises et de l’Artisanat : Annuaire statistique 2021, publié en 2023


Anyigba, Ph.D. Coauteur et directeur exécutif, Organisation régionale africaine de l’internationale (CSI-Afrique) Confédération syndicale, Analyse d'impact de la Zone de continentale africaine (libre-échange ZLECAf, Hod ALREI 18 juin 2025,

 

CNUCED. (2021). Rapport sur le développement économique en Afrique 2021 : Tirer parti du potentiel de la ZLECAF. Genève : Nations Unies.

 

Ministère du Commerce et des Approvisionnements. (2024). Stratégie nationale de mise en œuvre de la ZLECAF. Brazzaville : Gouvernement de la République du Congo.

 

Banque Africaine de Développement. (2022). Rapport d’évaluation du Projet d’Appui Institutionnel au Secrétariat de la ZLECAF. Abidjan : BAD.

 

Union Africaine. (2018). Accord portant création de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF). Addis-Abeba : Union Africaine. 


Observatoire de la Francophonie Economique (OFE) : La zone de libre-échange africaine : Pour un développement économique inclusif et durable ; note d’analyse, Avril 2025, Rapport conférence.


1 commentaire

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Invité
20 juin
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La ZLECAF reste une véritable opportunité pour les PME africaines, mais est ce que toutes les PME des pays africains sont aujourd"hui prêtes à affronter la pression de la concurrentielle des autres PME, venant des Pays mieux structurés comme le sénégal, la côte d'ivoire, le Maroc, l'afrique du sud et autres?

Sinon effectivment cela risque d'être une fatalité très grave

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